Reconnaître la sexualité des mineurs

Le nombre des maternités précoces dans la région reste dans la moyenne nationale. Pourtant, elles continuent de déranger. Signe que la sexualité des jeunes n’est pas – encore – entrée dans les moeurs ? …

Chez notre voisin britannique, le succès de l’émission de téléréalité « Seize ans et enceinte » est proportionnel au taux des grossesses adolescentes : le Royaume-Uni d’Alfie Patten – devenu père à 13 ans, il détient l’actuel record – connaît la plus importante croissance de ces enfants parents en Europe. Rien à voir avec notre région, où le nombre des très jeunes mères reste stable : de 2006 à 2010, le taux de fécondité des mineures ayant accouché dans le Nord – Pas-de-Calais est passé de 0,73 à 0,80.

Maternité valorisée

« Même s’il y a des territoires et des populations plus préoccupants, cela ne représente que très peu de cas », relativise le Dr Élisabeth Vérité, référente périnatalité à l’agence régionale de santé. D’autant que les chiffres régionaux des IVG chez les mineures demeurent relativement stables également (lire ci-dessous). « Mais le problème des jeunes mères n’est pas tant médical que sociétal », estime le Dr Vérité.

La décision finale de garder ou non l’enfant, jamais facile à prendre, appartient à l’adolescente. Si tant est qu’elle puisse faire abstraction des pressions morales, économiques, sociales. Que se passe-t-il vraiment lorsqu’elle s’adresse aux professionnels : au corps médical (les médecins ont une clause de conscience, leur donnant le droit de refuser de participer à une IVG, mais le devoir d’indiquer un autre praticien), ou au Planning familial (des conseillères, militantes du droit des femmes) ou encore aux centres de planification (financés par les conseils généraux) ?

« Une adolescente qui accompagnait sa copine enceinte m’a dit : « Si elle le garde, au moins, elle aura quelqu’un qui l’aime et à quidonner tout l’amour qu’elle a », raconte, perplexe, Véronique Sehier, conseil-lère au Planning familial de Lille.

On doit travailler sur l’estime de soi des jeunes filles : quand on n’est pas douée à l’école, pas poussée par l’entourage, avec l’avenir professionnel bouché, on se dit que réussir un bébé peut donner un sens à sa vie. On voit de très jeunes filles sujettes à l’influence des magazines et de la télé, où la maternité est hyper valorisée. Elles s’identifient aux modèles qu’on leur propose. » Pour Véronique Sehier, également membre de la commission contraception au bureau national du Planning familial, « le fait que la loi – du 4 juillet 2001, garantissant l’accès gratuit et anonyme à la contraception et à l’IVG – reconnaisse la sexualité des mineurs fait encore grincer des dents. Or rien de pire que se dire : « Si on ne leur en parle pas, ils ne le feront pas ». » Est-ce aux parents d’en parler ? « Pas à eux seuls : entrer dans la sexualité, c’est aussi un acte d’autonomie par rapport aux parents ! » En revanche, la loi de 2001 prévoit « trois séances d’éducation sexuelle à l’école par niveau d’âge pour tous les élèves » : dans les faits, ils en ont à peine deux au fil de leur scolarité : « Pourtant, informer sur la sexualité va plus loin que dire « Gaffe au sida ». Il manque une approche globale et positive, où on aborde tout, de la contraception aux violences, en passant par le désir d’enfant », estime Véronique Sehier. Pour cela, la région manque encore de lieux d’écoute et d’information comme le Planning ou les centres de planification. « Donner les moyens d’appliquer la loi, c’est éviter de risquer des retours en arrière », prévient Véronique Sehier.

Le gouvernement britannique, après la paternité d’Alfie, a adopté un plan de 24 millions d’euros pour améliorer l’accès des adolescents à la contraception.

Parution des actes du Colloque « VIH : Femmes, corps et identités. Du vécu aux revendications »

Le collectif inter associatif Femmes et VIH, a été créé en 2003 à l’initiative du Planning Familial dans le but de partager nos préoccupations communes concernant les questions relatives à la vie des femmes concernées par le VIH.

17/01/2012

Ce collectif s’est réuni en colloque les 4 et 5 mars 2011 à Paris. Il est composé aujourd’hui des associations Act Up-Paris, Médecins du Monde, le Planning Familial, Sida Info Service en partenariat avec Aides, l’AVH 78, Marie-Madeleine, Frisse et Ikambéré.

Les projets que développe le collectif s’inscrivent dans le combat contre le VIH, dans la lutte pour les droits des femmes, et dans la volonté de donner la parole aux femmes concernées. C’est par un travail de plaidoyer que nous interpellons les différentes instances politiques et institutionnelles, mais également les professionnels de santé, les médecins et chercheurs, les laboratoires pharmaceutiques, sur la nécessité d’aborder certaines questions majeures afin de sortir de l’invisibilité, les spécificités, mais aussi l’histoire et le vécu des femmes dans la pandémie de VIH/sida.
Et c’est dans le cadre des rencontres et colloques qu’émerge la parole des femmes concernées par le VIH/Sida, pour lutter contre l’isolement et le silence, la stigmatisation et les phénomènes de discrimination, mais aussi faire entendre leurs revendications à partir de leur vécu avec la maladie et défendre leurs droits.

Les Actes du colloque « VIH : Femmes, corps et identités. Du vécu aux revendications » qui s’est tenu à Paris les 4 et 5 mars 2011,  va être bientôt publiée.
Vous pouvez en télécharger une version pdf dans notre rubrique « Femmes et SIDA ».
A la demande des femmes concernées par le VIH, nous tenons à organiser chaque année une rencontre entre elles, nos différentes structures et des partenaires concernés : intervenants de santé, acteurs sociaux et politiques.
La prochaine Rencontre est prévue en Novembre 2012. Nous ne manquerons pas de vous avertir d’ici peu de la date et du contenu du nouveau programme.